A quel moment l’attrait pour l’écologie est-il né chez vous ?
Mon attrait pour la nature est apparu dès mon plus jeune âge. Je me souviens de longues randonnées alpines au sein du Parc du Mercantour et de sorties en mer. J’ai aussi beaucoup pratiqué l’aviron et la plongée, jusqu’à plusieurs fois par semaine, ce qui a définitivement scellé mon attachement à l’océan. J’ai toujours été un « rat des champs » plutôt qu’un « rat des villes », animé par une réelle volonté d’observer, de découvrir et de mieux comprendre le milieu naturel. C’est ce qui m’a sans doute amené par la suite à vouloir le protéger à tout prix !

Pouvez-vous nous parler de votre éducation et de votre parcours professionnel ?
J’ai suivi une éducation académique assez classique : d’abord le lycée Albert Ier puis les Classes Préparatoires, pour enfin intégrer une école d’ingénieur (ndlr : L’école polytechnique puis L’École nationale des ponts et chaussées).
À cette époque, nous étions presque dans une logique de compétition sportive ! J’ai commencé à m’interroger sur mon futur et le métier que j’aimerais exercer vers l’âge de 21 ans seulement. J’ai alors bénéficié du réseau de l’école. J’ai pu échanger avec d’anciens étudiants qui ont su me conseiller. Mais le réel tournant dans mon orientation a sans doute été un stage de césure d’une année en Malaisie, sur l’île de Bornéo. J’ai réalisé que les compétences techniques n’étaient pas les seules requises dans le monde professionnel. Les compétences humaines sont centrales. Cette expérience m’a amené à faire un choix de carrière où les aspects humains, le management ou encore la relation avec le client primaient.
Pendant plusieurs années, j’ai été un développeur de projets dans l’aménagement ou les transports. Mais j’ai toujours exercé ce métier en apportant une attention toute particulière aux questions environnementales, en restant sensible à la nature. Par exemple, j’intégrais à mes projets des études d’impacts et la mise en place de mesures de compensation.
Tout naturellement, lorsque le Souverain m’a proposé de m’investir dans la protection de l’environnement, d’abord au sein de Son Cabinet, puis au Gouvernement et enfin au Musée océanographique, j’ai accepté avec plaisir. Aujourd’hui, j’ai trouvé mon « dream job », un métier qui correspond pleinement à mon engagement personnel.

Comment le Musée océanographique contribue-t-il à la sensibilisation des jeunes à la protection marine ?

Contribuer à l’émergence et au développement d’une conscience écologique chez les plus jeunes est pour moi l’une des missions les plus importantes de l’Institut océanographique. Notre devoir d’apprentissage et de transmission peut prendre différentes formes. D’abord, nous entretenons des relations étroites avec les enseignants. Nous sommes à l’écoute de leurs attentes afin que l’océan, et plus largement les problématiques environnementales, soient intégrés aux programmes d’enseignement annuels. Le Musée en lui-même revêt une fonction éducative : nos salles patrimoniales et nos aquariums constituent un terrain d’expérimentation privilégié pour les scolaires et leurs professeurs. A titre d’exemple, les activités proposées dans le cadre de nos ateliers placent les jeunes élèves dans une démarche interactive d’acquisition des connaissances. Une démarche qui se poursuit d’ailleurs dans notre nouvel espace « Monaco & l’Océan » (ndlr : ouvert depuis le 14 juillet), qui est lui aussi un formidable outil pédagogique mis à la disposition des familles, des étudiants, des politiques, du corps enseignant… De nombreux instituteurs et professeurs ont déjà pu venir se l’approprier durant l’été. A travers lui, ce sont des thématiques telles que la pollution plastique, le changement climatique ou encore la surpêche qui peuvent être abordées en classe, puis sur place. Pour transmettre nos messages, nous avons misé sur l’interactivité et le numérique, qui plaisent aux jeunes publics. Ils sont ainsi plus réceptifs et donc plus facilement sensibilisés à la nécessité d’un rapport équilibré avec le monde marin. L’espace « Monaco et l’Océan » les questionne sur leur écocitoyenneté et les invite à réfléchir à leurs propres actions au quotidien, pour protéger l’Océan.

De manière plus globale, l’année est ponctuée d’événements qui s’adressent aux enfants et aux adolescents. Je pense notamment aux animations que nous mettons en place à chaque période de vacances scolaires, et qui portent auprès d’eux un message de préservation et de découverte du monde marin. Depuis 5 ans, nous avons aussi le Snapper Pour Tous, un grand concours qui permet de sensibiliser les 8-12 ans issus de l’éducation prioritaire, ou porteurs d’un handicap, à la préservation de l’Océan. Il s’agit aussi de leur faciliter l’accès à la ressource éducative et culturelle que constitue le Musée.
Plus inédit, nous avons organisé en 2017, dans le cadre des Explorations de Monaco, une visioconférence entre S.A.S. le Prince Albert II, depuis le Cabo-Verde, et 300 élèves de la Principauté, issus des classes de primaire, collège et lycée. Cet événement a d’ailleurs marqué le coup d’envoi d’un véritable programme pédagogique triennal (2017-2020) autour des explorations, mis en place par la Direction de l’Éducation Nationale de la Jeunesse et des Sports, avec notre collaboration.

Enfin, grâce à l’utilisation des réseaux sociaux, notre dialogue avec les jeunes s’étend au-delà de nos murs et du cadre scolaire. Nous avons établi des liens privilégiés avec notre jeune communauté, notamment sur Snapchat et Instagram. Ces réseaux constituent une grille de lecture significative sur l’état d’esprit de ce jeune public, les thèmes qui retiennent leur attention, les questions qu’ils se posent…

Envisagez-vous de créer des partenariats avec des établissements d’enseignement supérieur ?

Nous le faisons déjà ! Les projets menés en partenariat avec des établissements d’enseignement supérieur sont un formidable déclencheur de créativité. Par exemple, en 2017, nous avons lancé un défi aux étudiants de la Skema Business School : redonner l’envie aux 15-20 ans de venir nous visiter, en faisant appel à leur conscience écologique. L’exercice a donné naissance à 12 propositions très ingénieuses, dont un visuel que nous avons retenu et décliné dans une campagne d’affichage en région PACA. Nous avons également renforcé nos axes de collaboration avec l’Université Internationale de Monaco. Pendant près d’un an, une soixantaine d’étudiants ont travaillé sur de nouvelles solutions digitales permettant de sensibiliser et fédérer les jeunes générations aux enjeux de la protection de l’océan. En préambule à leurs travaux, un sondage riche d’enseignements avait été mené sur la perception et la connaissance des fonds marins par les générations Z et Y.

Plus récemment, à l’occasion de la Monaco Blue Initiative* qui s’est tenue cette année à l’Université d’Edimbourg, nous avons confié les clefs de notre compte Twitter à un groupe d’étudiants en sciences marines. Ils ont relayé avec brio les débats d’experts, alliant parfaitement les codes des réseaux sociaux aux sujets de fonds traités durant la journée. En plus de donner une dimension digitale et virale à l’événement, cela a permis un travail de vulgarisation important.

*(plateforme de discussions visant à développer la communication et l’échange entre les différents acteurs de la gestion et de la protection des océans)

Le Musée océanographique est à la fois un lieu de science et de culture. Quel rôle joue l’art dans la politique du Musée ?

L’art d’une manière générale est inscrit dans l’histoire du Musée. La volonté de son fondateur, le Prince Albert Ier, était déjà de « réunir dans un même éclat les deux forces directrices de la civilisation : l’Art et la Science ». Depuis 2010, nous avons donné une nouvelle impulsion à cette volonté historique, en renforçant notre offre culturelle, en demandant à des artistes contemporains d’enrichir le thème de la protection de l’océan par leurs regards et leur travail.

L’art est un moyen de communication universel. Sans faire usage du langage, les œuvres parlent, nous parlent. C’est précisément ce dialogue que nous souhaitons instaurer entre les expositions accueillies au Musée et nos visiteurs. En fait, nous utilisons l’art comme un vecteur privilégié de sensibilisation. Nous avons besoin du regard d’artistes comme Damien Hirst, Huang Yong Ping, Mark Dion, Marc Quinn, ou plus récemment Philippe Pasqua pour enrichir notre mission de médiation, pour mettre en lumière les différents thèmes que nous souhaitons aborder et les porter à la connaissance de nos publics.

Suite à la publication du livre blanc sur la transition énergétique, auquel vous avez participé, quelles seront les actions du Musée sur les différents points abordés ?
Notre message en faveur de l’océan, et plus largement de l’environnement, passe aussi par l’exemplarité de nos modes de fonctionnement en tant que lieu accueillant du public.

Le Musée océanographique est alimenté en électricité verte, c’est-à-dire que l’équivalent de nos consommations provient de sources d’énergies renouvelables. Les éclairages LED sont également nettement favorisés dans nos installations. Côté mobilité, la plupart de nos véhicules sont hybrides. Plus récemment, nous nous sommes associés à TER SNCF pour inciter nos visiteurs à emprunter le train, plutôt que la voiture. Dans ce cadre, un nouveau forfait permet un aller-retour au départ des gares des Alpes-Maritimes à destination de Monaco, incluant un accès au Musée. Notre démarche éco-responsable se traduit également par l’utilisation de produits d’entretien éco-labellisés et hydrosolubles, de locaux adaptés au tri ou encore de sacs en papier recyclable – notamment au sein de notre boutique, qui figure parmi les premiers commerces labellisés « Commerce engagé » en Principauté.

Il ne s’agit pas de faire ici un inventaire exhaustif de nos actions, mais nous prouvons à travers elles notre engagement et notre responsabilité à la fois écologique et sociale. Comme vous le formulez dans votre question, nous sommes bel et bien dans une période de transition. La marge de progression est importante, mais nous nous assignons la tâche d’aller toujours plus loin dans notre démarche, que nous comptons encore améliorer au cours les prochaines années.

Un petit mot pour notre Association ? 🙂
J’aimerais tout d’abord vous féliciter, et surtout, vous encourager à continuer !
Je suis aujourd’hui chef d’entreprise, et de façon plus personnelle père de trois enfants qui travaillent ou sont en train de terminer leurs études. Ils ont eu la chance de rencontrer des chercheurs, des professeurs, mais également des professionnels de la communication ou encore des juristes. Leurs choix d’orientation ont certainement été inspirés par notre histoire familiale et notre tissu relationnel. Par l’intermédiaire de Papyrus et de son association, vous rendez cela possible à plus large échelle. Vous permettez à des lycéens et étudiants, qui n’ont pas pu bénéficier du même réseau de contacts, d’être orienté et conseillé en fonction de leurs intérêts, pour pouvoir s’épanouir plus tard dans une profession qui leur correspond.
J’échange régulièrement avec de jeunes étudiants qui, dans le système éducatif actuel, ne sont pas réellement conseillés, du moins de manière pas assez satisfaisante. J’ai par exemple rencontré des étudiants en fin de Master qui avaient pris la décision de poursuivre en Doctorat, poussés par leurs professeurs, alors qu’ils n’avaient pas d’appétence réelle pour la recherche. Cela est contre-productif, et ne correspond pas à leurs aspirations. Ils pourraient tout aussi bien s’orienter vers une activité sur le terrain ou de médiation.
Par votre démarche, vous travaillez pleinement pour une société durable et apaisée, moins basée sur la consommation et la compétition, et davantage centrée sur le développement personnel et l’accomplissement de soi.

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